Compte-rendu en photos de la soirée du 4 décembre 2007
"Je vous enchanterais les mots"
au Vingtième Théâtre
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Lettre de Claude Semal publiée par la revue Chorus en 2002.

L’HOMME QUI PLEURE

Triste nouvelle : je viens d’apprendre que l’ami Bernard Haillant nous a quittés. A l’invitation de Jofroi, nous avions chanté ensemble à Paris* il y a un an. Il avait subi une première opération il y a une dizaine d’années. Il avait, ensuite, mis un peu de temps à se remettre mais je l’avais retrouvé au sommet de sa forme : chaleureux, radieux, doux et fraternel. Deux semaines plus tard, le crabe le rattrapait...
Voilà, c’est tout. Si vous avez un de ses albums, écoutez donc une petite chanson en pensant à lui, et vous saurez pourquoi il est beau, l’homme qui pleure.

Claude Semal

* Il s’agissait d’une série de cinq soirées placées, du 3 au 7 avril 2001, sous le signe de la francophonie, où Jofroi avait invité des "nouveaux talents" et des artistes, écrivions-nous dans Chorus 36 (p. 171), "qui tiennent bon la route et le temps" (Julos Beaucarne, Michel Bühler, Allain Leprest, Gilbert Laffaille, Claude Semal... et Bernard Haillant).

 

Lettre de Gilbert Lafaille publiée par la revue Chorus en 2002.

BERNARD ET FRANCIS

Emotion et tristesse, cher Chorus. Francis Lemarque et Bernard Haillant...
En quelques jours, deux amis nous ont quittés, deux hommes magnifiques, pétris de générosité et d’humilité... Beaucoup de souvenirs pêle-mêle : l’hommage que le Centre de la chanson avait consacré à Francis Lemarque il y a quelques années... Laurent Voulzy et Alain Souchon chantant en duo une bien jolie "Marjolaine" devant Francis ému et ravi (il avait un si beau sourire...).
Barjac, l’été dernier : Bernard avec son chapeau de paille, Bernard sur la grande scène avec François Béranger, Véronique Pestel, Jofroi et beaucoup d’autres pour une mémorable "Nuit de l’Utopie". Et aussi ces petits mots cocasses, drôles, touchants que Bernard adressait pour les fêtes, les anniversaires... signaux de poète pour les moments de la vie, grands ou petits, mais qui nous aidaient nous aussi à "remonter la rivière".
Souvenir encore d’un Francis Lemarque, insolite, dans un spectacle Fernand Raynaud où il nous avait tous profondément touchés par sa gentillesse et sa simplicité... Amis, vous nous manquerez !
Je ne sais si l’on vous rendra l’hommage que vous méritez, mais vous aurez pour longtemps une place dans nos coeurs et sur les lèvres des amoureux de la chanson, de la vraie vie. "Homme en couleur"... "Petit cordonnier"... merci.

Gilbert Laffaille

 

Lettre d'Eric Magnan publiée par la revue Chorus en 2002.

L’HOMME EN COULEUR

J’ai reçu un coup (de fil) dans la tête : Bernard Haillant est décédé Je n’arrive pas y croire et ne sais quoi répondre à mon interlocuteur. On échange quelques infos, et puis rien. Chacun raccroche, histoire de retrouver le silence et de penser calmement si possible... J’ai réécouté la "Ballade du vent qui passe", "L’homme qui pleure", "Femmes, filles", d’autres encore une bonne partie de la soirée.
Je savais qu’il était malade, mais souvent on pense que ça va s’arranger, une nouvelle fois, comme il y a quelques années... Et puis non, ça ne s’arrangeait pas depuis quelques mois. Alors mercredi 24 avril, je suis allé à Saint-Marcel, dans le XIIIe, pas très loin de chez lui Et là, surprise, ils sont venus, ils sont tous là : Jacques Bertin, Gaëtan de Courrèges, Philippe Forcioli, Jean Humenry, Angélique Ionatos, Xavier Lacouture, Claire, Chantal Grimm, Ginette Marty, Clarisse Lavanant, Anne Sylvestre, Jean Vasca, Claude Semal... et tant d’autres, encore, dont le nom m’échappe, connus ou anonymes.
Nous sommes au moins deux cents de toutes sortes à l’image de cet "Homme en couleur" que nous accompagnons aujourd’hui. Et je me souviens d’une autre fois, plus gaie, où nous étions nombreux aussi à l’accompagner. C’était le 24 septembre 1984 à Paris, au Forum des Halles, et l’on y fêtait ses 40 ans dont vingt de chanson.
Quelqu’un de digne s’en est allé, mais j’ai comme l’impression que son vin sera bon, encore très longtemps.

Eric Magnan (Beauvais)

 

« Je suis entré comme élève à l'école de la chanson en 1987 avec dans mes maigres bagages quelques accords sommaires de guitare, quelques poèmes adolescents et un panorama de la chanson qui se résumait à Brel, Brassens, Ferré et quelques autres. Tout en travaillant la scène, le chant, l'écriture et la musique, comme le font aujourd'hui les jeunes chanteurs qui nous témoignent leur confiance, cette école m'a fait découvrir le monde vivant et merveilleux de la chanson active.

Ô surprise ! Il existait donc autre chose que les monstres sacrés et les chanteurs que me distillaient à longueur de journée ma radio et ma télévision. Ah ! quelle joie et quelle découverte ! Ils existaient les LAFFAILLE, DAUTIN, LEPRE5T, SERIZIER, SOMMER, BERNARD, LAI, HAILLANT !

Je les découvrais et. j'essayais de les absorber, j'allais les voir en concert, j'épluchais leurs disques et j'avais comme la certitude de tenir entre mes oreilles quelque chose de précieux. Elle était là et bien vivante cette chanson d'auteur et j'avais le privilège de la connaître et de l'approcher.

Un exercice de cette école était de fabriquer un « mini tour de chant » avec des chansons actuelles sortant si possible des sentiers battus. Je n'ai pas eu à chercher très longtemps les chansons que j'avais envie de chanter tellement j'avais eu de coups de foudre et de fulgurances avec les auteurs nommés ci-dessus. Je composais donc ce tour de chant avec des chansons de Jean Sommer, Jean-Marc Le Bihan, Jacques Serizier, Christian Dente (j'ai toujours été un peu fayot) et Bernard Haillant. Ah ! cette chanson : "L'homme qui pleure ». Dès la première écoute, je suis tombé à la renverse. J'aurais tellement voulu l'écrire cette chanson, je les vivais tellement toutes ces émotions décrites.

Mais le tout n'était pas de choisir les chansons, il fallait aussi s'en procurer les partitions afin de pouvoir les travailler. Je me mets donc en recherche et je me procure le numéro de téléphone de Monsieur HAILLANT, pour lui demander une partition de sa chanson.

Vous me croirez ou pas, mais j'ai eu un mal de chien à le décrocher ce téléphone. J'ai bien dû composer le début du numéro une dizaine de fois avant d'oser terminer et avant d'avoir le courage d'entendre les sonneries qui me séparaient du décrochage à l'autre bout de la ligne. Que voulez-vous, j'étais impressionné. J'avais la sensation que j'appelais quelqu'un d'important. Pas important comme une grande vedette ou comme mon banquier, non pire ! Quelqu'un d'artistiquement important à mes yeux. Et ça a décroché... A l'autre bout de la ligne j'entendais cette voix si douce et particulière, chantante. Je la reconnaissais cette voix, je l'avais écoutée sur des disques.

J'ai donc pris mon courage à deux mains et j'ai formulé ma quête à Bernard HAILLANT. Je voulais chanter une chanson de lui pour un exercice d'école. Et là, j'ai été surpris ! Il avait l'air content et touché de ma demande. Je crois qu'il m'a même remercié. Je n'en revenais pas. Je reçus par la poste le lendemain une enveloppe avec une partition impeccablement calligraphiée, accompagnée d'un petit mot très encourageant.

Quelques temps plus tard, à notre spectacle de fin d'année. Je me suis présenté à lui et j'ai ressenti ce que j'avais ressenti auparavant au téléphone, une douceur et un souci de l'autre infini.

Je l'ai recroisé de nombreuses fois aux spectacles de différents chanteurs, car Bernard est un des rares à aller voir ses collègues en spectacle. Il m'a aussi fait l'honneur de venir m'écouter plusieurs fois, me distillant toujours ses impressions avec une extrême clarté et gentillesse. L'année passée, il m'a proposé de participer avec d'autres amis comme Véronique GAIN, Jacques HAUROGNE, le groupe CATIMINI, Hervé DELAITI, à son album et à la création de son nouveau spectacle. J'ai été très touché et très fier de cela, sachant qu'alors j'associerai mon nom à une œuvre importante et majeure. J'ai essayé de lui dire, je ne sais pas s'il m'a cru sincère. Nous avons donc participé à cette création au Théâtre des Lilas et j'ai été encore une fois ébloui par la poésie particulière du bonhomme.

Aujourd'hui nous sommes le 17 Avril 2002. Mon téléphone a sonné m'annonçant la mort de Bernard HAILLANT. Le petit monde de la chanson est en deuil, je repense à tous ces moments, je suis triste.

Aujourd'Hui, nous sommes le 17 avril 2002 et il y a un peu plus d'hommes qui pleurent que d'habitude...»

Laurent MALOT  

 

Pour Bernard HAILLANT,

une petite étoile bleue en haut à gauche.

 

On me dit que tu es mort,
mais je n'en crois pas un mot,

même le plus beau.

Je n'en crois pas une larme,

même la plus salée.

Je n'en crois pas une nuit,

même la plus longue.

 

On me dit que tu es mort,

je n'en crois pas une colère,

même la plus juste.

Je n'en crois pas le ciel,

même le plus noir.

 

On me dit que tu es mort...

 

Moi, je crois que tu fais silence

pour qu'on se parle d'amitié.

Je crois que tu fais le jongleur

pour nous forcer à rester en équilibre.

Je crois que tu joues du violoncelle

pour faire sourire nos âmes encore une fois.

Je crois que tu racontes la vie, comme toujours.

La drôle de vie, la sale vie, la vie qui nous reste,

et toi parti.

 

Je crois que ça ne te fait pas rire de nous voir pleurer.

Je crois que ta voix n'arrêtera jamais de nous chanter :

soyez vivants, libres et dignes.

Je crois que tu nous encourages

pour que chacun de nos jardins

agrandisse la terre.

Je crois que tu comptes sur nous

pour qu'on fasse de nos vies

des petits bouts de chef d’œuvre.

 

Je crois que tu nous fais le cadeau

de nous manquer si fort

qu'il faudra bien que nous en soyons

meilleurs.

Je crois que tu es juste à côté,

un frisson qui fait trembler le printemps,

un sourire qui décale tout

dans notre amas de galaxies,

une petite étoile bleue en haut à gauche.

 

(Argelès-les-Cerises, le 17 avril 2002)

Michel Boutet

 

Homélie pour les obsèques de Bernard Haillant, le 24 avril 2002

Gaëtan de Courrèges

 

Le 17 avril, un pincement au cœur dans la nuit,les amis de la revue Chorus nous apprennent la mort du chanteur Bernard Haillant.
Bien sûr, nous allons tous mourir, et il y a tant d'horreurs pas si loin,mais perdre un chanteur, c'est perdre un peu un ami,
de cette chair qui fait partie de vous éternellement dans une musique, ou une voix.
Bernard Haillant, 57 ans, c'était un petit homme doux,
si doux qu'on aimait le voir marcher dans le festival de chansons de Barjac,
au grand soleil épuisant de l'été,
et être gai dans les bavardages de tous confondus, public, artistes, musiciens,
" je décrète l'état de bonheur permanent ".
Il prenait une radio sur l'épaule, la radio chantait un mélanésien,
il chantait avec. Les coquillages lui racontaient toujours des drôles d'histoires,
sur scène, des histoires de magie.
Une simple toute petite sanza,
la voix de Bernard par dessus, sa voix de tête si particulière,
et tout se mettait à vibrer.

"Comme l'eau il est insaisissable.
Comme le vent, il peut souffler le froid ou attiser le feu.
Et ses chansons, comme le diamant, brillent de mille éclats différents,
faits de tendresse et de violence, de fougue et de fraîcheur,
d'inquiétude et d'espoir, de dérision et de révolte, d'exotisme et d'érotisme…"

(Michel Trihoreau)

" (…) la vague sur ton ventre
s'écrase et se soupire
et s'y brise et rugit
aux cris des goélands
échappés de tes antres
là-bas sont les falaises
sont jaunes des ajoncs
tout blanchis d'aubépine
qui renâclent si bon
aux traits des goélands
échappés de tes antres
sur les parvis déserts
le vent fait la poussière
et sens-tu sous tes reins
que bois mort s'est brisé
où sont tes lourds chariots
de plaintes et de chants
charriant les étoiles (…)"
(extrait de " mon étrangère ")

Un petit bout de vie heureuse, un Barjac ensoleillé.
Salut, chanteur


Isabelle Servant